2026 marque une autre année de répression contre les travailleurs, d'interdiction de grèves, de sabotage syndical, et d'exercice de la terreur contre les ouvriers immigrants. Ces attaques menées par la classe capitaliste ne se limitent pas aux États-Unis et au Canada; elles sont leur réponse à une crise internationale découlant de l'insuffisance des profits. Elles ne sont pas les manigances d'un unique employeur ou politicien malveillant; elle est l’œuvre du système capitaliste global, pour qui les travailleurs doivent donner tout leur sang, leur sueur, et leurs larmes. Pour riposter de façon définitive, ils doivent s'unir à travers le monde en tant qu'une classe unie!

Répression contre les travailleurs

À l'échelle globale, les capitalistes intensifient leur répression de nos camarades de classe. Le département de la Sécurité intérieure (DHS) des É.-U. a bénéficié d'une hausse de financement de l'ordre de plusieurs milliards de dollars, ainsi qu'une expansion de son autorité à travers de nouvelles mesures de surveillance et l'accès aux données privées -- tout sous prétexte de protéger leur pays des "menaces à l'interne". Au cours du deuxième mandat de Donald Trump, ICE, la Patrouille frontalière, et le DHS ont mené une multitude de raids violents, arrêtant des travailleurs afin de remplir leurs quotas dans les grandes villes. La Garde nationale et les marines furent mobilisés en tant que sécurité additionnelle pour les ministères fédéraux, tandis que la police, largement détestée, arrêta ceux qui manifestaient contre la déportation systématique d'ouvriers. Jusqu'à maintenant, on compte quatre personnes assassinées dans les rues, des milliers de blessés, et au moins 52 morts dans les camps de concentration d'ICE et du DHS. Au Canada, l'administration Carney montre que ces mesures ne se limitent ni au sud du 48e parallèle, ni à Trump: le financement de la GRC a aussi augmenté dans le cadre d'une vague de recrutement, en plus de remanier le système judiciaire et d'étendre les pouvoirs des agences canadiennes.

Le mouvement anti-migrant n'est pas le résultat d'une série de tragédies arbitraires; dans une période où des régimes à travers le monde s'enfoncent dans le culte du nationalisme, le "jeu du blâme" est l'une des tactiques les plus efficaces que possèdent les agents de l'État bourgeois afin de garder le pouvoir et donner l'illusion d'une solution aux contradictions du capitalisme. Ceci s'explique en partie par le fait que ceux qui ont ce pouvoir ont peu d'options pour résoudre les maux économiques et sociaux du capitalisme, tout en maintenant le niveau de rentabilité du capital national. Rien qu'à Los Angeles, plus de 10,000 personnes furent enlevées par des agents des services d'immigration. Dans certains cas, le personnel tout entier de petites entreprises fut placé en détention; il est clair que l'objectif n'est pas de préserver l'état économique de la petite bourgeoisie individuelle, mais de servir les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir et de diviser davantage la classe ouvrière à travers une rhétorique qui attise la division et alimente la pensée nationaliste. Une immense contradiction est apparente: il est nécessaire d'exploiter une main-d’œuvre bon marché, mais aussi de garder le prolétariat divisé et de changer arbitrairement le flux de l'immigration. À mesure que les illusions de la démocratie s'effritent, la classe bourgeoise et ses stratégies redoublent de brutalité; les États-Unis et l'Europe, entre autres, menacent même d'expulser des centaines de milliers, voire des millions de personnes.

Présentement, le discours de la déportation en masse, ou "remigration", provient en grande partie de la droite. L'histoire montre toutefois que divers gouvernements sociaux-démocrates et libéraux ont mis en place leurs propres politiques extrêmes de déportation une fois au pouvoir. Il ne faut pas s'attendre à une diminution, même si le mandat républicain prend fin en 2028. Au contraire, ces expulsions continueront plus subtilement sous la guise d'une formalité administrative quelconque, où leur brutalité ne fera pas la une des journaux. Les administrations Biden et Obama ont entrepris un nombre de déportations qui rivalise ceux de l'administration Trump, sachant que la première année de son deuxième mandat en a enregistré plus de 900,000. En somme, les deux camps de l'État bourgeois américain ont déraciné et expulsé des centaines de milliers de travailleurs migrants, sans qu'aucune fin ne soit en vue.

L'interdiction de grèves

Sur les 19 interventions du Congrès dans les négociations collectives ferroviaires depuis la création de la "Railway Labor Act" (RLA), chacune visait à empêcher la grève. Le plus récemment, en 2022, il a contraint les travailleurs à accepter des conditions qu'ils avaient auparavant rejetées. Le président "le plus pro-travailleur de l'histoire des États-Unis", ainsi que les politiciens soit-disant "socialistes" du Congrès, ont approuvé cette décision. L'une des motivations de cette grève était le risque à la sécurité au travail en raison d'une politique d'astreinte agressive. Deux mois après la mise en vigueur forcée de ces conditions, le déraillement d'un train à East Palestine, en Ohio, s'est produit, entraînant un déversement majeur de substances toxiques.

Les récentes grèves au Canada mettent en évidence la façon par laquelle la classe dirigeante déploie son arsenal juridique contre la classe ouvrière. Postes Canada et Air Canada ont démontré que si une grève devient trop gênante pour la bourgeoisie, elle n'hésitera pas à imposer le retour au travail. Malgré les proclamations d'opposition de leurs dirigeants, les syndicaux à la tête des grèves se sont montrés bien impatients de retourner aux tribunaux et de saper l'élan des travailleurs encore en pleine lutte sur la ligne de piquetage. En ajoutant les initiatives provinciales au Québec recherchant l'interdiction des grèves "à l'encontre du bien commun", on voit une tactique unifiée dont le but ultime est la soumission de la classe ouvrière.

Face à ces conditions, la classe ouvrière doit lutter en dehors des limites légales imposées par les syndicats et s'opposer à leur contrôle. C'est plus facile à dire qu'à faire, mais les leçons importantes de l'histoire de notre classe nous amènent dans ce sens. De la vague de grèves sauvages aux États-Unis lors de la Seconde Guerre mondiale aux comités de grève au Québec dans les années 70, la classe ouvrière a démontré qu'elle est à son apogée lorsqu'elle se bat directement contre l'État et ses complices. Même des exemples mineurs, tels que l'élaboration par les travailleurs de leurs propres tactiques de grèves sur la ligne de piquetage sans compter sur l'approbation syndicale, sont un pas un avant qui nous permettra de prendre notre lutte en main. Sans ces initiatives, ce seront les avocats qui scelleront notre sort à porte close.

Les syndicats contre les travailleurs

Partout dans le monde, la classe capitaliste se confronte à une crise du profit: les gains sont rares, et les pertes qui doivent être imposées à la classe ouvrière se multiplient. Puisque les syndicats ne peuvent exister que tant qu'un capitaliste doit embaucher des ouvriers, leur rôle en temps de crise est de faire porter les pertes des employeurs au travailleurs. La négociation, majoritairement, ne sert plus à confronter l'entreprise aux griefs des employés, mais plutôt à convaincre les membres du syndicat d'accepter un accord désavantageux. Alors qu'une confrontation inter-impérialiste mondiale prend forme, il faut s'attendre à ce que les syndicats exigent de plus en plus de la classe ouvrière.

Aux États-Unis et au Canada, les syndicats sont intégrés à l'État de mille façons différentes. Les organismes gouvernementaux tels que le NLRB les coordonnent et veillent à ce que toute action de la part des travailleurs s'effectue isolément, en empêchant la lutte intersectorielle et en criminalisant les grèves de solidarité. Les syndicats sont fidèles à la bourgeoisie: ce constat n'est pas surprenant quand les présidents des syndicats des Teamsters et des manutentions portuaires soutiennent les politiques nationalistes de Trump, et quand la direction de l'UAW a choisi de coordonner une prétendue "grève générale" en 2028. (Les patrons auront deux ans pour se préparer! Comme si c'était une question de raccorder les échéances des conventions collectives, et non pas de mettre la classe ouvrière en action lorsqu'elle est prête à se battre!) En offrant les travailleurs au service des différentes composantes de la classe capitaliste, ils les ébranlent et les affaiblissent pour leur propre bénéfice.

Les mouvements syndicaux les plus "radicaux" tombent dans les mêmes pièges du syndicalisme. Malgré leur rhétorique politique concernant le capitalisme et le besoin d'une classe ouvrière prête au combat, ils restent cantonnés dans le cadre de la négotiation, de la vente de la force du travail. Par leur réussite, ils ressemblent finalement à n'importe quel autre syndicat traditionnel. Même l'IWW a dû, dans les dernières années, accepter des clauses de non-grève. Tout comme les gauchistes qui veulent défier l'ordre actuel sans proposer d'alternative, les "syndicats radicaux" gardent la classe ouvrière dans un état d'opposition permanent sans les orienter vers une réelle prise de pouvoir. De plus, ils sont contraint en fin de compte de suivre les mêmes démarches que les grands syndicats, en raison des innombrables liens juridiques et politiques qui les associent à l'État capitaliste.

Un autre exemple frappant est la guerre entre la Russie et l'Ukraine, où les travailleurs sont effrontément devenus les pions de l'État impérialiste et de ses objectifs politiques. Le modèle "tripartite" de Vladimir Poutine, rassemblant le gouvernement, le monde des affaires, et les syndicats, est le reflet de stratégies élaborées à travers des décennies d'annihilation de classes sociales par la guerre impérialiste. L'Ukraine a également mobilisé ses organisations syndicales pour former une défense totale de la patrie. Les syndicats soutiennent l'effort de guerre en maintenant la production et en interdisant le droit à la grève et la négotiation collective.

De la même façon que le syndicat intègre les travailleurs dans le cadre de l'État et les obligent à accepter des ententes de plus en plus défavorables, il les amènent à se soumettre au service du capital national sur la scène impérialiste. Face au sabotage de la lutte des classes par les syndicaux, notre seule issue est de réaffirmer le besoin absolu d'une activité de classe indépendante. Ceci signifie une politique de pouvoir prolétarien et un programme communiste qui s'oppose catégoriquement à toute voie étatique, légaliste, ou bien apolitique et purement économique. Historiquement, les travailleurs ont déjà su établir des organes véritablement représentatifs de leur classe, qui servent de fondation au pouvoir politique prolétarien sur notre propre terrain: on y compte les conseils de grèves, les comités d'usines, les soviets, les shuras, les conseils ouvriers, et les assemblées.

En retenant les leçons apprises par les militants au cours des deux derniers siècles, nous comprenons que le prolétariat doit agir en tant que classe à part entière et rejeter toute solution offerte par la classe capitaliste dominante. Elle nous donne le choix entre une myriade de partis qui, tous ensembles, mènent en fin de compte une attaque ouverte contre la classe ouvrière, et elle appelle ceci une "démocratie". Elle nous propose de fermer les frontières, alors que le capital financier n'a pas de limite géographique. Pendant ce temps, toute solution réformiste ne représente qu'un changement de la garde. Les organisations sociales-démocrates telles que le DSA ne représentent qu'une autre stratégie destinée à contrecarrer le véritable pouvoir de la classe ouvrière en suscitant le faux espoir de la réforme d'un système intrinsèquement corrompu. Au Canada, les gouvernements du NPD en Colombie-Britannique et au Manitoba n'ont avancé aucune solution à l'assaut contre les travailleurs; au contraire, ils l'ont géré eux-mêmes, malgré leur rhétorique.

La solution qui s'offre au prolétariat mondial est la révolution contre l'ordre bourgeois dominant, guidée par un programme et un parti leur permettant de lutter efficacement contre les forces du capital. Le devoir des communistes révolutionnaires est de mener la lutte aux côtés des membres de notre classe -tous les membres, peu importe leurs origines nationales-, dans le but de rebâtir le parti mondial à l'échelle internationale et guider le mouvement révolutionnaire, contre le capitalisme et pour le communisme. C'est-à-dire, pour une société sans État et sans classes, où tous les individus sont des producteurs librement associés, jouissant de la liberté de circulation.

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